Suis-je en train de perdre la tête ? Ou est-ce simplement la périménopause ?
Les fluctuations hormonales peuvent influencer votre santé mentale de bien des façons. Mais ce n’est pas la seule raison pour laquelle votre humeur peut changer durant la transition vers la ménopause.
La ménopause n'est plus un mot que l'on évite de prononcer à voix haute. La génération X est la première génération de femmes qui, à l'approche de la quarantaine, évoque enfin plus ouvertement les difficultés liées à la transition vers la ménopause et réclame des solutions. Désormais, des actrices célèbres comme Halle Berry, Drew Barrymore ou Naomi Watts, n'hésitent pas à parler de leurs bouffées de chaleur, de leur sécheresse vaginale ou de leurs sueurs nocturnes. Mais le corps n’est pas le seul à en subir les effets… le cerveau aussi !
Pourquoi la périménopause influe sur l'humeur
La périménopause, la phase qui précède la ménopause, intervient lorsque la durée du cycle menstruel commence à varier de sept jours ou plus et se termine 12 mois après les dernières règles. Cette phase peut s'étendre sur une dizaine d'années et on lui attribue de plus en plus de conséquences sur la santé mentale.
« Les changements d'humeur sont vraiment un phénomène propre à la périménopause », explique Pauline Maki, professeure de psychiatrie, de psychologie, d'obstétrique et de gynécologie à l'université de l'Illinois à Chicago. Les recherches montrent que les femmes en périménopause sont 40 % plus susceptibles de souffrir de dépression que leurs homologues préménopausées (avant l'apparition des symptômes de la périménopause).
Les fluctuations hormonales jouent un rôle majeur. Lisa Mosconi, docteure en neurosciences et auteure de The Menopause Brain, écrit que les œstrogènes favorisent la production de neurotransmetteurs régulateurs de l'humeur tels que la sérotonine, la dopamine et le GABA. Les œstrogènes influencent également l'axe HPA (l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien), qui aide à gérer notre réponse au stress.
Mais, précise Pauline Maki, les changements d'humeur ne sont pas simplement liés à la perte d'hormones. « Ce n'est pas la perte, c'est la variabilité », explique-t-elle. Ces fluctuations, les œstrogènes montent en flèche un jour et chutent le lendemain — peuvent déclencher une dépression, en particulier en cas de stress. « Une plus grande irrégularité de l'œstradiol peut prédire le développement d'une dépression durant la périménopause. »
L'imagerie cérébrale le confirme d’ailleurs. Judith Joseph, psychiatre diplômée et auteure de High Functioning, cite des études d'imagerie cérébrale qui montrent une diminution de la matière grise (ce qui est important, car c’est là que se trouve la partie principale des neurones, appelée corps cellulaire) et que le traitement hormonal de la ménopause (THM), plus connu sous le nom de traitement hormonal substitutif (THS), peut avoir des effets neuroprotecteurs.
« Une étude montre que le cerveau commence à réguler à la hausse les récepteurs d'œstrogènes, comme si l'on fabriquait davantage de filets pour en capter plus », explique le Dr Judith Joseph. « Ce brouillard mental ou cette tristesse ne sont pas que des états d’esprit, ils sont les symptômes des changements qui se produisent dans votre cerveau. »
Symptômes à connaître
Vous pouvez ressentir de la tristesse, de la colère, de l’anxiété ou avoir des sautes d’humeur… Bref, un véritable tourbillon d’émotions qui peut être vraiment difficile à gérer. Selon le Dr Joseph, plusieurs de ses patientes en périménopause ressentent tristesse, baisse de moral et irritabilité. Mais comme ces symptômes ne sont pas aussi graves ou persistants qu’un trouble dépressif majeur (dépression clinique), ils peuvent souvent passer inaperçus auprès de l’entourage.
« Elles ne se sentent pas tout à fait elles-mêmes, un peu déprimées, plus nerveuses ou anxieuses, avec la sensation que leur patience est à bout. Elles ressentent davantage d’anxiété, un manque de motivation, et ont l'impression d'avoir un syndrome prémenstruel permanent. Mais comme elles continuent à fonctionner à peu près comme avant, personne d'autre ne le remarque », explique le Dr Hadine Joffe, professeure de psychiatrie au Brigham & Women's Hospital.
Les symptômes cognitifs tels que l'oubli et le brouillard mental sont également fréquents. Pour certains, la perturbation est telle qu'on soupçonne alors un TDAH (trouble déficitaire de l'attention avec ou sans hyperactivité). Mais comme l'explique le Dr Joseph, « si vous n'avez pas d'antécédents de TDAH dans votre enfance et que vous présentez soudainement des symptômes d'oubli et de manque d'organisation, il s'agit probablement d'un brouillard mental lié à la périménopause ou à la ménopause ».
Qui est le plus à risque ?
La vie à la cinquantaine apporte son lot de défis — carrière, prise en charge d’un proche, changements dans les relations — qui pèsent lourd sur le plan émotionnel ! Ajoutez à cela des changements physiques tels que la prise de poids, la perte de libido et le manque de sommeil, et vous obtenez le cocktail parfait pour une surcharge mentale.
Les femmes qui ont des antécédents de troubles de l'humeur sont plus susceptibles d’en souffrir. Et la majorité des femmes qui ont souffert d'une dépression clinique au début de leur vie connaîtront une récidive, affirme Pauline Maki.
Traitements courants
L'une des meilleures façons de se préparer aux éventuels changements d'humeur de la périménopause est d'abord d'en reconnaître l'existence.De nombreuses femmes ont tendance à prioriser les besoins des autres et à minimiser leurs propres difficultés Le soutien des amis et des professionnels de santé est essentiel.
Hadine Joffe affirme que l'hormonothérapie peut être bénéfique aux femmes confrontées à des bouffées de chaleur et à une dépression situationnelle. Elle précise que ce traitement est souvent associé à des ISRS (Inhibiteurs Sélectifs de la Recapture de la Sérotonine) et à une thérapie cognitivo-comportementale. Et si le traitement ne s’avère pas efficace, il ne faut pas hésiter à revoir son médecin : « Je dis toujours aux gens de ne pas attendre trop longtemps avant de retourner consulter, et de préciser que le traitement n’est pas efficace. »
L’importance d’un mode de vie sain
Se fixer des attentes peut s’avérer utile. Le Dr Joseph encourage les femmes à se préparer à la périménopause dès la fin de la trentaine, voire même avant pour les femmes noires, qui ont tendance à la vivre plus tôt et plus intensément. Une activité physique régulière, une alimentation équilibrée, des liens sociaux solides et un sommeil de qualité sont autant d'éléments qui permettent d'atténuer les symptômes.
Et si bien s’y préparer est important, il est par contre inutile de paniquer ! « La majorité des femmes n'ont pas de problème d'humeur majeur », affirme le Dr Joffe. Une bonne raison de se sentir moins anxieuse, et plus libre, à l'approche de cette nouvelle étape.
Ce contenu est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un avis médical, un diagnostic ou un traitement. Il ne doit en aucun cas se substituer aux conseils de votre professionnel de santé.